Diaspora Baby Shower

Photo by Danielle MacInnes on Unsplash

Le 16 Mars dernier j'annonçais avec beaucoup d'amertume que Pierre et moi renoncions à lancer The Refiners Fund II. Notre initial closing de $15m initialement prévu le 27 Mars était devenu impossible dans le contexte du COVID qui nous frappait alors de plein fouet. Au-delà du fait que nous n'étions plus garantis de réunir les $15m nécessaires pour ce fond, c'est le modèle même envisagé initialement qui devenait tout d'un coup obsolète.

L'idée initiale de The Refiners consistait à identifier des startups européennes ambitieuses souhaitant s'implanter sur le sol US et à les aider localement à devenir des leaders mondiaux dans leur catégorie. La pandémie mondiale, la soudaine incertitude économique, accentuée par l'impossibilité de voyager et la politique d'immigration absurde de l'administration Trump rendaient tout d'un coup la thèse de The Refiners entamée 4 ans plutôt, impossible à exécuter.

En un peu plus de quatre ans, j'ai rencontré des milliers d'entrepreneurs et j'ai eu l'occasion de financer plus de 50 startups. Mon objectif a toujours été d'aider ces entrepreneurs à envisager leur projet de façon globale et de ne pas limiter leurs ambitions à leurs frontières locales. Malgré l'épisode douloureux The Refiners, j'avais à coeur de poursuivre cette mission et je suis très heureux d'annoncer aujourd'hui la création de mon nouveau véhicule d'investissement Diaspora Ventures que je crée avec Ilan Abehassera.

L'origine de Diaspora Ventures

L'idée est née et s'est concrétisée en à peine deux mois ce qui est un temps record quand on sait combien de mois voir d'années prend généralement la création d'un fond. Quelques jours après avoir renoncé à lancer The Refiners Fund II, j'ai reçu l'appel d'un VC français qui s'intéressait à financer les projets de "frenchies" déjà installés sur le sol US et qui me proposait de les aider depuis SF.

En effet, s'il y a beaucoup de startups intéressantes en France, on a vu émerger depuis une dizaine d'années une nouvelle génération d'entrepreneurs qui n'attend plus de faire leur preuve localement pour se lancer sur le marché américain. On pense bien entendu à des startups comme Algolia, Front, Checkr, Datadog, Eventbrite, SmartRecruiters, Talend, ContentSquare, LendingClub, Okta, Criteo, App Annie... Ces entrepreneurs ambitieux d'un genre nouveau se positionnent désormais immédiatement sur le marché américain et adoptent un modèle culturel global from day one. Souvent ils incorporent leurs sociétés aux US dès le premier jour, gardent leur R&D en France et installent leurs équipes Product et Business généralement à SF ou NYC. Ces startups échappent la plupart du temps à l'écosystème français dont elles se distancent naturellement et démontrent souvent une croissance plus rapide une fois intégrées dans l'écosystème Tech US. S'il est difficile pour les VCs français de mettre la main sur ces projets, ils représentent pourtant les plus belles opportunités d'investissement.

Si l'idée de collaborer avec un VC français semblait séduisante sa réalisation s'est vite avérée complexe... La nature des deals aux US et le process associé sont très différents. La compétition implique le plus souvent d'agir vite ce qui rend les aller-retours US - France très handicapants sans parler de l'effet retro-viseur que représente pour les founders le fait de faire monter à bord un investisseur "trop" français. Je reste encore étonné que la plupart des VCs français ne considèrent pas mieux cette opportunité et n'étendent pas plus leur sphère d'investissement à ces entrepreneurs globalisés. Certes, les sociétés sont souvent incorporées en dehors de France et j'ai bien conscience que le modèle défie les thèses souverainistes ambiantes mais si ces sociétés sont souvent US, elles n'en restent pas moins dirigées par des entrepreneurs français. Elles gardent la plupart du temps un ancrage opérationnel dans leur pays d'origine et leur succès ruisselle sur leur écosystème local. A part quelques VCs inspirés comme Jean de la Rochebrochard chez Kima, la grande majorité des VCs français restent concentrés sur le marché européen pour ne pas dire parisien...

Le duo Ilan / Carlos

Mon ami Ilan Abehassera, implanté lui à NYC avait lui aussi été approché par ce même fond français et très vite nous faisions ensemble le même constat. Lui sur la East Coast et moi sur la West Coast, nous étions tous les deux les personnes les plus appropriées en effet pour nourrir le projet d'un fond dédié aux frenchies désireux d'adresser le marché américain.

Ilan est aux US depuis près de 15 ans et moi depuis plus de 10 ans maintenant. Tous les deux nous connaissons bien les US. Nous avons appris à décoder sa culture et nous avons chacun individuellement construit un solide réseau que ce soit dans la Silicon Valley ou à New-York. Ensemble nous savons analyser les opportunités à l'aune du modèle US si particulier. Très vite nous savons dire si un projet et ses fondateurs sont solubles avec la culture Tech US. Au cours de toutes ces années passées ici nous avons mis au point je crois, un "traducteur" qui nous permet d'interpréter les signaux faibles de part et d'autres. Cette double culture est un énorme avantage que ce soit face aux VCs américains qui ont du mal à lire les entrepreneurs français et aux VCs européens qui connaissent souvent mal l'écosystème US.

Au-delà de notre présence locale, Ilan et moi nous sommes positionnés comme des "passeurs" et nous sommes toujours investis pour partager ce que nous expérimentions localement. Nous avons toujours été très investis auprès des entrepreneurs français comme le témoignent d'ailleurs nos podcasts respectifs que ce soit Oui are New-York ou Silicon Carne. Ils se sont chacun imposés comme des références dans l'écosystème Tech français. Les analyses que nous partageons quotidiennement nous ont installés comme des figures locales vers lesquelles les entrepreneurs se tournent naturellement quand ils envisagent les US. Au-delà de la fierté que cela nous procure, cette dimension nous offre un deal flow naturel de projets sans cesse renouvelés.

Enfin, Ilan et moi nous envisageons avant tout comme des entrepreneurs-investisseurs. Même occupés à nos propres startups, nous avons toujours investi parallèlement dans les projets Tech qui se présentaient à nous. Notre façon d'investir est opportuniste et instinctive. Nous avons la même façon d'analyser les opportunités. Nous les regardons avant tout comme des entrepreneurs et nous posons la question de savoir si nous créerions nous-même cette start-up. Si la réponse est non alors c'est un "pass" et si c'est oui la question est de savoir si nous partageons la même vision des conditions de son succès. Je crois que ce regard d'entrepreneurs, de makers nous donne un avantage et crée avec les founders beaucoup de proximité et de respect mutuel.

Financer la Entrepreneur Third Culture

Nous sommes convaincus avec Ilan que la France grâce à ses entrepreneurs peut jouer un rôle majeur dans le monde de la Tech à condition qu'elle soit capable de dépasser ses propres limites. Cela passe par regarder plus loin que ses frontières physiques et envisager le monde avec un regard neuf débarrassé de ses a priori et de son modèle entrepreneurial traditionnel. Il ne s'agit pas de renoncer à sa culture d'origine au profit d'une culture étrangère mais bien de créer une troisième culture et un système de valeurs dédié. Cette Third Culture qui a commencé à s'imposer au début des années 90 avec la mondialisation a permis l'émergence d'une nouvelle génération d'entrepreneurs particulièrement aptes à établir des relations avec d'autres cultures sans pour autant posséder une identité culturelle propre. Diaspora Ventures cherche avant tout à financer ces entrepreneurs de la troisième culture, ces hybrides, ces caméléons, ces nomades mondiaux.

Nous cherchons des entrepreneurs qui ont une vision du monde élargie et qui savent qu'il y a plus d'une façon de voir les choses auxquelles ils sont confrontés. Ces founders regardent généralement le monde en 3D et disposent d'une sensibilité interpersonnelle accrue qui leur permet d'adapter leurs émotions et leurs jugements quel que soit l'environnement dans lequel ils évoluent. Ils font généralement preuve d'une intelligence culturelle qui leur permet de fonctionner de façon optimale partout. On trouve ces entrepreneurs d'un genre nouveau beaucoup dans la Gen Z née ou élevée quelques fois à l'étranger parce que leurs parents se sont expatriés, ou parce qu'ils sont eux-mêmes partis pour faire leurs études ou pour trouver un job.

Vous l'aurez compris, ce que nous cherchons à financer ce ne sont pas seulement des entrepreneurs français aux US mais des individus dotés de cette culture hybride et ce quelle que soit leur implantation actuelle. Nous croyons fermement que ce "Je ne sais quoi" existent partout. Vous le trouverez bien entendu ici aux US mais ils existent aussi en France. Ce sont généralement des entrepreneurs qui incorporent leurs startups dans le Delaware, adoptent la langue anglaise non pas par snobisme mais parce que c'est la langue de la Tech, recrutent partout parce que soucieux d'établir une culture globale et visent le marché américain en premier parce que il est le marché le plus porteur. D'ailleurs, la pandémie mondiale apparaît comme un formidable accélérateur. Elle a montré que l'implantation importait peu et nous force à nous envisager en dehors de notre culture locale. Elle constitue en soit une véritable opportunité, un grand égalisateur qui offre à tous l'occasion de se projeter mondialement et ce quelle que soit sa localisation. La Silicon Valley avait déjà compris que l'innovation était partout. Désormais avec le COVID elle est forcée de l'embrasser. Non la Silicon Valley ne va pas disparaître au profit de nouveaux écosystèmes, la Silicon Valley va se morpher online. La question n'est plus de savoir si vous êtes ici mais si vous en adoptez les codes.

Notre thèse d'investissement

Comme nous l'avons toujours fait avec Ilan, nous avons à coeur d'investir dans des projets Tech très early-stage (pre-seed/seed). Nous investirons entre $100,000 et $200,000 le plus tôt possible. C'est sans doute notre profil d'entrepreneurs qui nous pousse à cela. Nous sommes naturellement attirés par les deals "early" peut être parce qu'ils portent en eux cette excitation particulière et la promesse d'un multiple important à la sortie.

Même si nous vivons peut-être la période la plus instable de l'histoire de l'humanité, nous pensons que le changement brutal auquel nous faisons face crée de réelles opportunités pour les entrepreneurs. Pour chaque changement, il y a une entreprise à construire ! Nous savons que la véritable innovation naît toujours de l'adversité. Les entreprises les plus emblématiques ont été créées et façonnées pendant des périodes difficiles (Google, Facebook, Twitter, Paypal, Airbnb...) et même si le marché connaît des changements en matière d'investissement dans les start-ups, nous pensons que plus que jamais le moment est venu d'investir dans des entrepreneurs visionnaires.

Nous investissons donc essentiellement dans des idées, des ambitions, des nouvelles approches, ou des fondateurs incroyables dans leur secteur que ce soit dans le BtoB ou le BtoC. On dit souvent que le pré-amorçage est un pari, mais nous ne croyons pas que ce soit le cas. Les projets sur lesquels nous parions n'ont peut-être pas encore de traction en terme de chiffres mais ils ont toujours une traction en terme de vision. S'ils apparaissent improbable au présent ils sont une évidence au futur.

Investir aujourd'hui en pré-amorçage nous permet d'avoir une vision post-covid et de nous engager avec une nouvelle génération d'entrepreneurs qui nous en sommes certains détiennent les clés de la reprise mondiale.

We are Live!

Diaspora Ventures existe déjà. Nous l'avons construit en partenariat avec la plate-forme Angel List en seulement quelques semaines et grâce à un nouvel modèle de fond appelé Rolling Fund dont nous sommes fiers de faire partie du Early Access Program.

Cette nouvelle génération de Venture Fund nous permet d'investir immédiatement grâce à un modèle Always-Open permettant à de nouveaux souscripteurs de rejoindre Diaspora Ventures quand ils le souhaitent. L'occasion pour moi de remercier encore une fois nos premiers investisseurs qui soutiennent notre thèse. Ce sont pour la plupart des entrepreneurs Tech incroyables (je ne peux tous les citer) mais aussi quelques VCs éclairés qui ont à coeur d'aider l'écosystème français où qu'il se trouve. Je pense notamment à Breega et Kima Ventures qui nous ont fait confiance dès le début de ce projet.

Notre ambition est de faire 10-20 investissements par an et nous annoncerons très bientôt notre premier investissement !

Si vous vous reconnaissez dans notre thèse et ce où que vous soyez, n'hésitez pas à nous faire part de votre projet ou à rejoindre nos investisseurs !